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25.10.2010

Welcome to my world!

Bonjour à toutes et à tous,

Je me présente en quelques mots: fraîchement admise au concours du CAPES, je me retrouve dans la cuvée des stagiaires de l'éducation nationale 2010 qui ont l'immense privilège, selon notre recteur, de commencer directement à enseigner à plein temps, sans formation, dans les salles de classes.


« Notre » recteur, en ce qui me concerne, pour l'académie de Nantes n'a eu de cesse de vanter les mérites de la réforme concernant la formation des professeurs. Un petit récapitulatif pour ceux d'entre vous qui n'auraient pas tout suivi: le passage du concours du CAPES à un master enseignement entraîna la reconversion des IUFM (Institut de Formation des Maitres) et donc la fin de la structure existante qui comportait 8h par semaine d'enseignement en salle de classe et des journées de formation à l'IUFM. Les stagiaires, qui gagnaient 1300 euros par mois, somme modique, justifiée par le faible nombres d'heures d'enseignement, coutaient néanmoins cher au ministère.

Aujourd'hui, les stagiaires de mon académie, se retrouvent depuis le 2 septembre dans la situation d'enseigner 18h par semaine avec une revalorisation salariale martelée par le recteur en guise de «récompense».


D'une académie à l'autre, les aménagements changent. Ainsi dans l'académie de Rennes, voisine de la nôtre, les stagiaires ont reçu des formations depuis la rentrée et un allègement considérable en heures passées devant les élèves. Au contraire dans notre académie, les formations hebdomadaires du vendredi commenceront à partir du 5 novembre, soit 2 mois après notre entrée en fonction. Autrement dit, d'abord, on fait (comme on peut), ensuite on apprend, brillante conception de la pédagogie au coeur de l'éducation nationale!

La solution qui a été mise en place pour compenser le manque de formation et d'expérience des stagiaires était de nous donner un tuteur ou une tutrice pour nous guider. Cependant, comme beaucoup de collègues étaient contre la réforme à juste titre, un mouvement de boycott a été lancé dès l'année dernière. A la rentrée, le rectorat était encore en train de lancer des appels dans les établissements pour trouver des tuteurs, quand bien même ils venaient d'établissements voisins et quand bien même ils n'étaient pas de la même discipline. Aller chercher un professeur de mathématiques pour former un professeur d'anglais, par exemple, et considérer que la pédagogie seule compte, déconnectée de la matière enseignée est une bêtise.

Je parlerai ici principalement de mon expérience de professeure d'anglais dans une région rurale mais je me sens tenue de dire un mot pour mes collègues débutants qui n'ont pas de tuteurs, ceux qui ont des heures supplémentaires forcées (notamment pour les vacataires), ceux qui sont professeurs principaux malgré eux, ceux qui enseignent dans des établissement difficiles, ceux qui ont des classes à examens (classes de troisième qui passent le brevet ou de première et terminale qui passent le Bac), ceux qui sont sur plusieurs établissements à la fois, ceux qui sont  loin de chez eux et qui ont reçu leur affectation une semaine avant la rentrée, ceux qui ont déjà démissionné incapables de supporter la charge de travail attendue d'eux car on a rarement vu autant de démissions de stagiaires que cette année dans notre académie, selon les rapports des syndicats.

Evidemment, à côté de ça, je connais des moments agréables, voire formidables avec mes élèves et mes collègues que je ne manquerai pas de relater mais il me semblait primordial de commencer ce blog en mettant les points sur les i car en ces temps de « crise », au beau milieu du mouvement contre l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites, il me semble que la colère des stagiaires et des enseignants y trouve une place de choix, choisie sans eux, il va de soi.

Commentaires

Je lis : "il va de soit".
Attention, si vos élèves vous lisent ils vont se marrer ! ! !

Écrit par : phidias | 26.10.2010

Je suis une étudiante inscrite dans un des "fameux" nouveaux masters "enseignement", préparants aux concours du CAPES. Je me destine (et quel destin!) également au métier d'enseignant d'anglais dans le secondaire. Je suis vraiment motivée et j'ai déjà un peu d'expérience dans l'enseignement.

Cependant, j'entends de nombreux témoignages de stagiaires qui étaient comme moi et qui, après seulement quelques semaines passées dans le bain déchantent. Je me demande souvent si je ne fonce pas droit dans un mur.
Ma question est: comment se sont réorientés vos collègues stagiaires qui ont arrêté? Car c'est bien joli d'avoir un master enseignement, mais si ça ne marche pas alors que fait-on?
BTW ce blog m'intéresse beaucoup. Continuez!

Écrit par : cpaslajoie | 26.10.2010

Et c'est maintenant que l'on peut constater qu'après des années que la population pense que les profs sont fainéants, qu'il y a de nombreux étudiants qui se lancent dans cette voie pour "un bon salaire et plein de vacances" et qui au final, flippent totalement de se retrouver avec un emploi du temps complet.

Vous avez des années d'études derrière vous, ne venez quand même pas nous dire que vous n'avez pas remarqué ni compris comment se fait la pédagogie quand même. Moi ca me fait peur de voir ces personnes voulant devenir profs qui sont incapable de prendre de l'autonomie après x années d'étude.

Ainsi va le monde quoi...

Écrit par : glak | 26.10.2010

Bonjour,

ce blog est intéressant.
Je suis moi-même professeur (des écoles, spécialisé, option F pour ceux qui connaissent, cela permet d'enseigner en SEGPA, entre autres), depuis dix-huit environ et je suis bien sûr contre cette "réforme". Je mets réforme entre guillemets, parce qu'il ne faut pas se leurrer, ce n'est pas une réforme, c'est un changement d'organisation destiné à faire d'importantes économies dans l'Éducation Nationale. Comme la plupart des "réformes" depuis plusieurs années.
Malheureusement, quel que soit l'intérêt du récit de votre expérience, elle ne sera, je le crains, constructive que pour ceux qui sont concernés par les choses de l'éducation. Les autres réagiront comme "glak", en pensant qu'il suffit d'être allé à l'école pour savoir enseigner, ou d'être parent d'un enfant scolarisé pour être spécialiste de l'éducation. Lorsque vous parlez de vos dix-huit heures de cours, du fait d'être prof principal, du manque de tuteur (ou alors d'un tuteur d'une autre discipline), du fait de courir d'un établissement à l'autre, etc ... vous ne faites que renforcer le côté "les profs passent leur temps à se plaindre" très répandu dans une large majorité de la population française (merci à tous les mensonges assénés par M. Allègre en son temps qui a permis de "déconnecter" la population de son corps enseignant en instaurant une relation de méfiance et de mépris des seconds par la première). Mais que cela ne vous empêche pas de continuer (je ne pense pas que cela aurait pu vous en dissuader de toutes façons et ce n'était pas le but, bien sûr), votre blog sera, je pense, très intéressant à lire. Et permettra peut-être à certains de mieux comprendre la situation difficile de ceux qui sont appelés à former les futurs citoyens français.
Je vous souhaite bon courage pour vos débuts et j'espère que vous ne ferez pas partie de ceux qui craquent en ce moment. La période la plus dure est la rentrée et la période entre maintenant et Noël.

Écrit par : Nicolas | 26.10.2010

Bonjour,

J'ai lu avec intêret votre premère page de blog.
Educateur spécialisé, je ne peux m'empêcher de faire un lien avec ma formation qu'il dispense bien sûr des cours de pédagogie...Effectivement, je pense qu'on ne simprovise pas professeurs et que l'expérience pratique n'a de sens que liée à la pédagogie...
Quoiqu'il en soit votre blog a une raison d'être et je vous encourage à écrire votre quotidien...Il faut que l'opinion mesure la difficulté d'être enseignant et la nécessité d'un enseignement de qualité!

Bravo et continué...Et pour faire rire (jaune) je conseille a tous l'écoute de la chanson "la sécurité de l'emploi" des fatals picards!

Écrit par : froideval | 26.10.2010

C'est très bien d'avoir le courage de faire ce blog, je suis prof et mesure la chance que j'ai eu d'apprendre mon métier avec seulement 6h de cours semaine. Une année c'est déjà pas beaucoup en vue de la formation que l'on a reçu et le peu d'heures avec des élèves. Alors maintenant, c'est une aberration!!! Pour ce qui est de Glak, je le trouve bien suffisant, il est du genre à se lancer dans la construction de sa maison parce qu'il en a vue une se construire devant ses yeux!!! Et non, personne ne se lance plus dans ce métier pour le salaire et les vacances.... à bientôt! (je suis dans la même académie ;-))

Écrit par : sarafistole | 26.10.2010

Rions un peu: je fus le dernier maitre auxiliaire (SVT) de l'académie de Toulouse: enseignement passant de 0 à 18h du jour au lendemain (voire la veille, car "on" vous attendait sans que le rectorat ne vous ait prévenu...). Après 2 ans, j'eu une prof-tutrice, très gentille et utile. c'était en 1997. Je passais ma thèse.

puis après le capes, j'ai eu droit aux IUFM en tant que "15/18": nous avons 15 h d'enseignement par semaine et une journée de "formation" pendant laquelle nous servions surtout de formateur aux "4/6" qui eux enseignaient 4 à 6h avant de "se (dé)former" à l'IUFM. Ne regrettez pas l'IUFM, il ne vous aurais rien appris sur la façon d'enseigner, et tout sur les lubies des didacticiens et autre pédagogues Diafoireux et discursifs de l'éducation. Je vois d'ailleurs que vous n'avez pas eu à affronter ces cuistres, car vous vous étonnez:
"Autrement dit, d'abord, on fait (comme on peut), ensuite on apprend, brillante conception de la pédagogie au coeur de l'éducation nationale!" : mais n'est ce pas là la démarche que l'on nous demande, justement, d'avoir avec nos élèves, et censée constituer l'alpha et l'omega de toute éducation postmoderne ?
Longue vie à votre blog !
Et n'oubliez pas la devise des troupes mobiles de l'EN: toujours prêt ! ;-)

Écrit par : Pr. Raynal | 26.10.2010

Les IUFM étaient sans doute inutiles (je ne le pense pas), incomplètes (forcément) et réformables (on ne le saura jamais), mais leur principal intérêt, pour les PLC en formation (professeur de Lycée et Collège) ils permettaient surtout aux futurs enseignants de rentrer dans le métier avec un rythme plus adapté à des débutants, ce qui leur laissait le temps de préparer un maximum leurs cours, de se sentir un peu plus au point en entrant dans la classe. Rien n'est pire que de rentrer dans une classe en sachant que l'on n'est pas prêt.
Ensuite je ne pense pas que l'on demande aujourd'hui à l'enseignement post-moderne de laisser les élèves se planter (et si on poursuit l'analogie quitter le système scolaire ?) parce que confronté à une réalité difficile sans les outils pour s'en sortir. Mais chacun à sa conception.

Écrit par : Nicolas | 26.10.2010

bonjour et bravo pour témoigner de votre situation et de l'incohérence de ce qui est proposé par le ministère.
je ne suis pas prof, mais mère de prof donc attentive à ce qui s'écrit et se dit...
je lirai la suite s'il vous reste du temps et du courage pour l'écrire!

Écrit par : FRANCOISE | 27.10.2010

Ah si ca pouvait etre aussi comme ca dans le privé ... avoir droit à 8 heures de travail, des vacances et etre payer. Bienvenu dans la vraie vie !

Écrit par : Will | 28.10.2010

ce que certains ignorent, c'est que pour faire une heure de cours il faut au moins deux à trois heures de préparation, pour les recherches , la mise en forme , l'étude des programme que l'on découvre en même temps que ses classe et ses élèves ! ce qui fait au total 18h multipliés par 3 soit 54 heures par semaines de préparation, plus les heures de correction !
O% sont les 35 heures obligatoires dans le privé ??????
et comme il n'y a pas de formation réelle en pédagogie pratique, ni en communication, ni pour parler en public en fac, où apprendre son métier ???? les études théoriques dans une matière ne vous apprend pas à apprendre à lire ni la grammaire et l'orthographe aux élèves, qu'on se le dise

Écrit par : stellaee | 30.10.2010

ce que certains ignorent, c'est que pour faire une heure de cours il faut au moins deux à trois heures de préparation, pour les recherches , la mise en forme , l'étude des programme que l'on découvre en même temps que ses classe et ses élèves ! ce qui fait au total 18h multipliés par 3 soit 54 heures par semaines de préparation, plus les heures de correction !
O% sont les 35 heures obligatoires dans le privé ??????
et comme il n'y a pas de formation réelle en pédagogie pratique, ni en communication, ni pour parler en public en fac, où apprendre son métier ???? les études théoriques dans une matière ne vous apprend pas à apprendre à lire ni la grammaire et l'orthographe aux élèves, qu'on se le dise

Écrit par : stellaee | 30.10.2010

Au passage, rappelez à vos collègues que quand les formateurs aux CAPES, aux Agregs, ce sont mis en grève voici deux ans, sont descendus dans la rue pendant des semaines et des semaines, pour dénoncer cette réforme : ils se sont retrouvés seuls. Le secondaire n'a pas suivi. À cette époque, le SNES, la FSU et les autres étaient en train de faire des papouilles à Darcos en espérant que les suppressions de postes seraient freinées. Maintenant, dans le secondaire, on commence à se rendre compte que les collègues du supérieur avaient raison, que cette réforme "économique" participe à la destruction de l'enseignement en France au profit des boîtes à Bac et autres cours privés (École alsacienne) où l'on retrouve comme par hasard les rejetons de députés et de Ministres... Il y a deux ans, les syndicats du secondaire faisaient leur petite cuisine, aujourd'hui, c'est vous qui dégustez ce plat délicat qui a été préparé avec leur aide.

Écrit par : Bruno | 30.10.2010

Au passage, rappelez à vos collègues que quand les formateurs aux CAPES, aux Agregs, ce sont mis en grève voici deux ans, sont descendus dans la rue pendant des semaines et des semaines, pour dénoncer cette réforme : ils se sont retrouvés seuls. Le secondaire n'a pas suivi. À cette époque, le SNES, la FSU et les autres étaient en train de faire des papouilles à Darcos en espérant que les suppressions de postes seraient freinées. Maintenant, dans le secondaire, on commence à se rendre compte que les collègues du supérieur avaient raison, que cette réforme "économique" participe à la destruction de l'enseignement en France au profit des boîtes à Bac et autres cours privés (École alsacienne) où l'on retrouve comme par hasard les rejetons de députés et de Ministres... Il y a deux ans, les syndicats du secondaire faisaient leur petite cuisine, aujourd'hui, c'est vous qui dégustez ce plat délicat qui a été préparé avec leur aide.

Écrit par : Bruno | 30.10.2010

Je suis de votre région nantaise,j'admire votre courage,votre écriture simple et percutante,pour exprimer votre situation. Il aura fallut seulement 3 ans pour détruire le labeur de un demi siècle de construction,de ce qui faisait notre valeur ,notre fièreté ...notre Education Nationale ! J'ai participé a toutes les conquètes sociales depuis 1965,j'en suis fier . Je pensais que tout serait pour le mieux.....Quelle erreur ! Je ne comprend plus notre pays ....Je suis de tout coeur avec vous,bon courage . A bientot...

Écrit par : jcé | 30.10.2010

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