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03.11.2010

C'est la rentrée!

Bonjour à tous et toutes,
Je remercie toutes les personnes qui prennent part à ce blog en le lisant ou en laissant des commentaires. Je n'ai pas le temps de répondre à chacun individuellement mais je constate parfois qu'un ou une collègue s'en charge. Tant mieux!

Je leur souhaite d'ailleurs particulièrement la bienvenue sur cette page, à tous mes collègues de l'éducation nationale, assistants d'éducation ou enseignants, qui depuis mon entrée dans le métier m'ont toujours apporté une oreille bienveillante et solidaire.

Sans mes collègues et sans ma tutrice, je serais sans doute une piètre prof et une surtout une prof au bord de la crise de nerf. Mais enfin, si je prends le temps d'écrire ce blog, c'est aussi parce que j'ai une position assez privilégiée par rapport à d'autres collègues stagiaires.

J'ai connu mon affectation 10 jours avant la rentrée, dans la panique du déménagement imminent. Je tiens d'ailleurs à clarifier un mythe: les logements de fonction n'existent pas pour les profs, il faut se débrouiller! Je ne connaissais même pas le nom de la ville où j'atterrissais. Mais mon cauchemar s'arrêta là. Ensuite, j'ai découvert que j'avais moins de 18h à enseigner (par un concours de circonstances) et que j'avais une tutrice, qu'elle était sur mon établissement, de ma matière, et qu'en plus elle était pleine de bonne volonté, de conseils, de supports de travail et en prime calquée sur les demandes du ministère en terme d'enseignement des langues vivantes. Bref, c'est une super tutrice!

Mais elle est devenue une super tutrice graduellement. Au départ, je n'osais pas trop lui demander de l'aide et elle ne savait pas trop comment m'en proposer. Puis on a commencé à programmer des sessions de travail ou elle me donnait des axes de travail selon les classes: des titres de séquences et on voyait ensemble quels documents utiliser pour travailler toutes les différentes compétences (excuse my jargon) dans chaque séquence.

Je lui demande aussi de l'aide ponctuellement, par rapport à un contrôle par exemple. Préparer un contrôle me prend souvent des heures pour un résultat pas toujours satisfaisant et en regardant les siens, je pioche pleins d'idées que je ré-aménage à ma sauce.

Elle est venue observer mes cours régulièrement mais pas trop souvent non plus, ce que j'apprécie, car d'une, toute observation est stressante pour un enseignant et donc point trop n'en faut, et de deux, car de cette manière, elle peut effectivement noter des changements et des améliorations dans ma manière d'appréhender les élèves et la façon d'enseigner.

Pour ceux qui pensent qu'enseigner s'apprend sur les bancs de la fac, je voudrais tout de même leur signaler que l'université forme des spécialistes d'un champ d'étude, des décrypteurs de littérature, des stratèges de la traduction, des chercheurs d'une période historique, des apprentis linguistes (dans le meilleur des cas) et non des pédagogues ou des futurs enseignants.
L'année du concours, une seule matière, la préparation à l'épreuve pré-professionnelle nous plaçait en position de critique de manuels ou séquences pédagogiques pré-construites.
A aucun moment, nous n'avions appris à faire ce que je fais ce soir: après avoir dévalisé les rangs de manuels d'anglais de la bibliothèque du collège, j'épluche régulièrement tous les manuels à ma disposition pour trouver les supports de travail les plus intéressants en rapport avec le thème étudié. Et je pioche à droite à gauche, je photocopie, j'enrichis, je coupe, j'ajoute.
Bref, je construis mon manuel, mon cours.
Souvent à la dernière minute, dans l'urgence.
Du coup, je vous laisse car il me reste une présentation sur les modaux à préparer et à prendre d'assaut l'unique photocopieuse demain de bonne heure. C'est bel et bien la rentrée!

25.10.2010

Welcome to my world!

Bonjour à toutes et à tous,

Je me présente en quelques mots: fraîchement admise au concours du CAPES, je me retrouve dans la cuvée des stagiaires de l'éducation nationale 2010 qui ont l'immense privilège, selon notre recteur, de commencer directement à enseigner à plein temps, sans formation, dans les salles de classes.


« Notre » recteur, en ce qui me concerne, pour l'académie de Nantes n'a eu de cesse de vanter les mérites de la réforme concernant la formation des professeurs. Un petit récapitulatif pour ceux d'entre vous qui n'auraient pas tout suivi: le passage du concours du CAPES à un master enseignement entraîna la reconversion des IUFM (Institut de Formation des Maitres) et donc la fin de la structure existante qui comportait 8h par semaine d'enseignement en salle de classe et des journées de formation à l'IUFM. Les stagiaires, qui gagnaient 1300 euros par mois, somme modique, justifiée par le faible nombres d'heures d'enseignement, coutaient néanmoins cher au ministère.

Aujourd'hui, les stagiaires de mon académie, se retrouvent depuis le 2 septembre dans la situation d'enseigner 18h par semaine avec une revalorisation salariale martelée par le recteur en guise de «récompense».


D'une académie à l'autre, les aménagements changent. Ainsi dans l'académie de Rennes, voisine de la nôtre, les stagiaires ont reçu des formations depuis la rentrée et un allègement considérable en heures passées devant les élèves. Au contraire dans notre académie, les formations hebdomadaires du vendredi commenceront à partir du 5 novembre, soit 2 mois après notre entrée en fonction. Autrement dit, d'abord, on fait (comme on peut), ensuite on apprend, brillante conception de la pédagogie au coeur de l'éducation nationale!

La solution qui a été mise en place pour compenser le manque de formation et d'expérience des stagiaires était de nous donner un tuteur ou une tutrice pour nous guider. Cependant, comme beaucoup de collègues étaient contre la réforme à juste titre, un mouvement de boycott a été lancé dès l'année dernière. A la rentrée, le rectorat était encore en train de lancer des appels dans les établissements pour trouver des tuteurs, quand bien même ils venaient d'établissements voisins et quand bien même ils n'étaient pas de la même discipline. Aller chercher un professeur de mathématiques pour former un professeur d'anglais, par exemple, et considérer que la pédagogie seule compte, déconnectée de la matière enseignée est une bêtise.

Je parlerai ici principalement de mon expérience de professeure d'anglais dans une région rurale mais je me sens tenue de dire un mot pour mes collègues débutants qui n'ont pas de tuteurs, ceux qui ont des heures supplémentaires forcées (notamment pour les vacataires), ceux qui sont professeurs principaux malgré eux, ceux qui enseignent dans des établissement difficiles, ceux qui ont des classes à examens (classes de troisième qui passent le brevet ou de première et terminale qui passent le Bac), ceux qui sont sur plusieurs établissements à la fois, ceux qui sont  loin de chez eux et qui ont reçu leur affectation une semaine avant la rentrée, ceux qui ont déjà démissionné incapables de supporter la charge de travail attendue d'eux car on a rarement vu autant de démissions de stagiaires que cette année dans notre académie, selon les rapports des syndicats.

Evidemment, à côté de ça, je connais des moments agréables, voire formidables avec mes élèves et mes collègues que je ne manquerai pas de relater mais il me semblait primordial de commencer ce blog en mettant les points sur les i car en ces temps de « crise », au beau milieu du mouvement contre l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites, il me semble que la colère des stagiaires et des enseignants y trouve une place de choix, choisie sans eux, il va de soi.

 
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